dimanche, octobre 24, 2021

OUVERTURE ŒCUMENIQUE

(Retraite du 19 janvier 1986 à la Maison Saint Serge)

Au cours des huit jours de prière pour l’unité des chrétiens, il s’agit surtout de la réunion, au sein de l’Eglise, de tous les frères qui ont foi en Christ. Il convient alors de tirer une première conséquence à laquelle nous rappelle continuellement le Pape (Jean Paul II) : c’est vrai que l’unité s’exprime sur le plan visible au sein de l’Eglise Catholique, qui a son centre dans la papauté mais il est aussi vrai que, indépendamment de la papauté, l’Eglise occidentale, toute l’Eglise occidentale – par conséquent tous les catholiques d’Amérique, d’Afrique, d’Europe, c’est-à-dire les 700 millions de catholiques – n’est qu’une partie de « l’una catholica ». C’est ce que nous dit continuellement le Pape. Je ne sais pas si nous les italiens l’avons compris. Sachez que le geste du Pape de faire de Cyrille et Méthode les saints patrons de l’Europe signifie la partialité du catholicisme latin. Si nous nous refugions dans notre catholicisme latin, nous aussi – même si nous sommes du côté du Pape – nous empêchons l’Eglise d’être catholique dans les faits, de se montrer « une » de fait parce que l’Eglise est constituée de l’Orient et de l’Occident.

Depuis la naissance de la Communauté, nous pouvons dire que nous avons le regard tourné vers l’Orient. Nous devons nous rendre compte que, même si nous sommes peu nombreux, ce qui compte, ce n’est pas tant l’union des orientaux à nous que notre disponibilité à accueillir les orientaux. Rendons-nous donc compte que notre christianisme a besoin de son complément avec la vision, la mentalité, le sens chrétien qu’a l’Orient.

Voilà la raison d’être de la Maison Saint Serge : dans cette maison, en effet, nous avons senti qu’il nous fallait vivre ce besoin de réintégrer, au sein de l’Eglise catholique, les valeurs de l’Eglise orientale. Tout cela me fait un peu peur parce que je ne veux pas que cela soit juste une mode et je ne veux même pas cesser d’être un catholique latin ; je serai catholique si j’arrive à transcender ce qui est partiel dans ma confession chrétienne, en l’intégrant à ce qui est partiel dans la confession chrétienne de l’Orient. Je dois véritablement me sentir frère de Saint Séraphin, frère de Saint Serge, frère de tous les grands saints qu’a eu la Russie et qu’a eu la Grèce ces derniers temps.

Nous devons avoir admiration et amour pour ces chrétiens et, l’amour, ce n’est pas seulement un donner, cela implique aussi un recevoir ; si tu refuses de recevoir, tu n’aimes pas. Je dois aimer l’Orient et je ne dois prétendre à rien et je ne peux même pas refuser de recevoir ; je dois savoir recevoir le témoignage de leur christianisme, d’un christianisme qui est certes un avec le nôtre mais différent. Ce sont des aspects complémentaires d’une même vie et, à travers ces aspects complémentaires, notre christianisme devient un et catholique parce que, sans ces aspects, il risque d’être trop rationnel, trop logique, trop juridique, des défauts propres au christianisme occidental.

Pourquoi beaucoup de personnes sont-elles aujourd’hui contre l’Eglise en tant qu’institution ? C’est parce que le sens juridique a trop pesé sur notre expérience chrétienne. C’est précisément ce que nous devons apprendre de l’Orient : nous devons apprendre à nous libérer d’un certain juridisme ainsi que d’une conception trop moraliste du christianisme. Nous devons retourner à une spiritualité de type plus dogmatique et liturgique plutôt que moraliste. Que sont nos vertus par rapport aux sacrements divins qui nous unissent au Christ et font de nous une seule chose avec Lui ? Nous devons réapprendre à vivre les sacrements ; pensez à ce qu’est la Messe ! C’est le Christ qui rend présent pour nous l’acte suprême de Son amour.

Mes chers frères, nous devons nous libérer de ces défauts qui révèlent la partialité de notre christianisme. Le christianisme oriental est assurément un christianisme partiel mais, comme nous sommes catholiques, il est juste que nous ne regardions pas de trop près les défauts des autres mais de voir plutôt ce qui nous manque, tout en sachant et en reconnaissant que nous sommes dans la vraie Eglise. Nous devons être reconnaissants à Dieu qui a voulu que nous naissions au sein de l’Eglise catholique, que cela soit pour nous facile et naturelle de reconnaître dans la figure du Pape, le sommet de toute la hiérarchie, le sacrement de l’unité visible de l’Eglise. Mais cette gratitude envers Dieu ne doit pas nous empêcher de sentir, comme le veut le Pape actuel, la partialité de notre christianisme, lequel doit trouver son accomplissement dans un christianisme complémentaire au nôtre. Cela ne veut pas dire devenir des orientaux parce que si nous devenions des orientaux, nous ne serions plus ni orientaux ni occidentaux. Nous sommes nés ici, notre lait maternel, c’est ce que nous a donné l’Eglise latine et un fils demeure toujours le fils de sa mère ; cependant, nous devons nous ouvrir pour accueillir ce que peut nous donner l’Eglise Orientale pour que notre christianisme soit plus vivant, plus total, plus un, plus catholique.

Le Père