vendredi, avril 16, 2021

NOTRE VIE, C’EST LE MYSTERE PASCAL

(Assemblée du 3 avril 1958, Jeudi Saint)

Tâchons de ne pas nous distraire, de nous préparer à la liturgie d’aujourd’hui, qui est participation au mystère du Christ. Le Christ rend ce mystère présent, non pas comme un spectacle mais en le renouvelant en nous : Il nous insère dans cet acte dont nous sommes les acteurs plutôt que les spectateurs.

La liturgie pascale doit nous appeler à vivre, toute notre vie, ce mystère. A notre consécration, nous ne pouvions répondre que dans la mesure où nous vivons ce mystère, parce que nous avons toujours dit que la consécration religieuse n’est pas une autre consécration en dehors de la consécration baptismale mais une consciente et libre acceptation de ces obligations qui dérivent de notre consécration baptismale. Et ces obligations sont une seule mais une qui remplit toute la vie : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces ». C’est ce que nous avons promis le jour de notre baptême et personne ne peut aller au-delà de l’accomplissement de cette loi. Au fond, cette loi n’a été accomplie que par le Christ : Lui seul S’est totalement ordonné à Dieu, précisément en force de cette assomption que le Verbe a opéré de cette nature, où la nature humaine présente dans le Christ a été totalement ordonnée au Père.

Vivre ces obligations, vivre cette consécration baptismale implique pour nous vivre la mort et la résurrection de Jésus. Saint Paul, dans sa lettre aux Romains, fait déjà voir comment nous sommes baptisés dans Sa mort et le baptême est aussi participation à la résurrection, lorsque, en émergeant de l’eau, l’âme resurgit, renouvelée par le bain de vie.

Le baptême nous a donné de participer au mystère du Christ dans lequel nous participons véritablement au mystère de l’Incarnation divine ; cependant, le fait d’être insérés dans le Christ ne nous fait pas encore vivre personnellement Son mystère ; cela ne traduit pas notre participation volontaire, libre, consciente, totale, personnelle, à ce mystère. La consécration que nous avons faite par la suite est, quant à elle, l’acceptation des obligations du baptême, par un engagement volontaire, à les porter jusqu’aux ultimes conséquences, à répondre à toutes les exigences divines de mort et de résurrection.

Maintenant, cette mort et cette résurrection, nous ne pouvons les vivre que dans la mesure où nous sommes unis à Jésus ; il est inutile de penser vivre la consécration religieuse si nous ne voyons pas cette consécration comme l’acte par lequel nous sommes insérés en Christ, par lequel nous vivons en union avec Lui.

Vivre notre consécration religieuse est un engagement constant d’union avec le Christ, c’est un engagement constant de participation au mystère pascal. L’acte que nous sommes sur le point d’accomplir en assistant à la messe, c’est l’acte social le plus élevé, le plus grand, le plus significatif mais aussi le plus efficace de toute l’année que nous vivons ; de même, la communion pascale que nous sommes sur le point de faire ce soir est l’acte le plus grand de toute l’année – je dis la communion de ce soir mais je ne la sépare pas de celle de dimanche et de celle du Samedi Saint, tout comme je ne sépare pas la participation à la messe de ce soir de la participation à la messe de demain et du Samedi Saint. Je ne peux pas prétendre que vous soyez tous présents le samedi nuit ; mais il est important qu’au moins à la première messe pascale du Triduum Pascal, nous soyons tous présents. Et que ceux qui ne sont pas présents se sentent présents avec nous, qu’ils vivent avec nous ce mystère ! La raison est évidente : toute notre vie est une participation au mystère qui est célébré, notre possession de ce mystère auquel nous assistons, notre insertion toujours plus profonde en cette Présence que la liturgie établit, réalise.

Vivre cela, pour sentir que nous ne sommes plus nous de pauvres hommes, pour sentir que nous ne sommes pas séparés entre nous. La participation au mystère chrétien fait la Communauté, parce qu’elle crée notre unité, où nous sommes tous un seul Jésus, un seul Christ et ce n’est pas que cela : elle fait qu’entre nous, nous ne pouvons plus vivre une vie à nous, ni personnelle ni purement humaine. Notre vie est la vie du Christ, notre vie n’a pas d’autre valeur, d’autre signification : c’est la vie du Christ. Avec quel respect nous devions user de nous-mêmes, avec quelle déférence nous devions nous rendre compte de la grandeur de chacune de nos journées ! Il est facile et commode d’adorer Jésus dans le tabernacle parce que cela signifie une distinction de Lui, une séparation de Lui – Tu es l’Autre que j’adore. Par contre, il est beaucoup plus difficile de vivre cette unité avec le Christ où nous devons avoir pour nous-mêmes la déférence maximale d’usage pour une chose sacrée parce qu’en nous, c’est Lui qui vit, en nous c’est Lui qui se fait présent.

Notre vie est le Mystère de Dieu.

Le Père