dimanche, octobre 24, 2021

LA JUSTICE ET LA CHARITÉ

(Assemblée à Florence, 6 février 1966)

Dans la dernière partie de la parabole des ouvriers dans la vigne, notre Seigneur met en rapport et en contradiction la justice que les hommes veulent avec la charité que Lui donne. Quel droit pouvait avoir celui qui a travaillé une demi-heure d’autant plus que notre Seigneur ne lui avait rien promis ! En plus, il n’y avait rien de convenu entre les ouvriers et le patron. A ceux qu’il a trouvés à la troisième heure, il a dit : «allez et je vous donnerai ce qui est juste»; mais à la sixième, neuvième et onzième heures, il n’a rien promis : «allez, vous aussi, travailler». Et ils ne s’attendaient sûrement à rien. Ils ont peut-être pensé : «eh bien, nous ne faisons rien, nous nous ennuyons aussi de rester à ne rien faire, à attendre qu’on nous propose du travail. C’est mieux d’y aller». N’est-ce pas vrai ? N’est-ce pas vrai que c’est déjà un don de pouvoir nous secouer de notre indolence, de notre paresse pour nous engager dans quelque chose ? Nous remercierons bien volontiers quelqu’un qui nous demanderait de faire un petit boulot plutôt que d’être toujours seuls, sans rien faire.

Ceux qui n’ont travaillé qu’une demi-heure mais qui au fond ont fait ce que le patron demandait, c’est à eux que le patron s’adresse en premier, les payant en premier, leur donnant l’intégralité du salaire. Il fait envers eux preuve de bonté tout comme ces ouvriers ont eu le geste affectueux d’aller travailler pour Lui sans rien demander. Ils n’ont rien demandé et ont tout reçu.

Voici ce que nous enseigne la parabole : vivre notre rapport avec Dieu dans la vérité, en tant que rapport d’amour. Nous ne mesurons pas bien que ce que nous faisons pour le Seigneur n’est qu’un petit jeu. Travailler pendant dix minutes n’est-ce pas un jeu ? Ne donnons pas de l’importance à notre travail ! Ceux qui ont travaillé toute la journée se donnent de l’importance : «comment ? Tu traites ceux qui sont venus dans la dernière demi-heure comme nous qui avons supporté le poids du jour et de la chaleur?». Ils se donnaient de l’importance. Mais que peut être notre vie face au Seigneur, même si nous avons travaillé ? ». Tout est un petit jeu. Notre travail n’est pas grand-chose mais faisons-le volontiers du moment où c’est Lui qui nous le demande … En retour Il nous donne l’amour. Nous n’avons rien fait et nous avons tout reçu…. Le saint ressent toujours que ce qu’il donne est un petit jeu ; c’est l’offrande d’un petit présent qu’un enfant donne à son père ou à sa mère, rien de plus. Ce n’est pas grand-chose et justement parce que ce n’est pas grand-chose, Dieu te récompense par un amour immense, un amour infini.

C’est ainsi qu’est Dieu avec l’homme mes chers frères. Notre rapport avec Dieu se fonde sur l’amour, sur la pure miséricorde ; il doit être vraiment vécu comme le rapport d’un enfant avec son Père céleste, un enfant qui sait que ce qu’il offre ne vaut rien mais qui sait qu’il peut tout recevoir en échange de son petit don. Car la mesure de la récompense n’est pas le prix de ce que tu donnes : c’est la grandeur de l’amour de Celui qui répond à ton petit geste.

Voilà, mes chers enfants, ce que nous enseigne cette parabole. Cela ne vous semble-t-il pas quelque chose de grand ? Une autre grande leçon de la parabole c’est ceci : au fond, personne ne reste sans travailler. Nous sommes donc tous, plus ou moins, engagés à travailler pour le patron, appelés à des heures différentes, faisant un travail plus ou moins fatiguant avec un esprit plus ou moins d’amour. Mais nous tous nous travaillons. Et Dieu nous donne à tous une paie, une récompense au terme de la journée. Nous sommes tous différents et nous travaillons avec un esprit différent mais nous tous nous travaillons et nous travaillons pour Lui.

Cela aussi est bon à entendre, pour ne pas nous opposer les uns aux autres comme l’ont fait ces ouvriers de la vigne. Non, mes chers enfants, nous serons bien contents demain de nous retrouver côte à côte, épaule contre épaule, pour recevoir le prix avec quelque hérétique ou communiste qui, sans le savoir, aura travaillé pour Lui. Et il n’attendra rien parce qu’il ne saurait même pas qu’il y aurait un patron qui lui donnerait quelque chose pour ce travail.

Le Père