jeudi, novembre 21, 2019

Vivre tous l’unique vie du Christ (1996)

Nous ne pouvons douter du fait que la grâce divine soit offerte à tout homme. Nous savons, par la foi, que personne ne pourrait être condamnée si ce n’est à cause de son refus d’accueillir la grâce divine. Nous sommes donc en condition de nous sentir rachetés par le Christ, de savoir accueillir le don de cette rédemption gratuite mais réelle.

Voilà donc, mes chers frères, ce que nous devons demander à Dieu en ces jours de Carême : nous devons demander à Dieu que les hommes puissent croire en l’amour, qu’ils aient confiance en l’amour, qu’ils s’abandonnent à ce Dieu qui ne veut rien d’autre que leur salut, leur bien. Le Carême prend fin avec la Résurrection. C’est la marche de toute l’humanité vers la célébration de ce mystère qui rend présent le salut opéré par Dieu. La Résurrection n’est pas tant un don de grâce ou de gloire qui concerne le Fils de Dieu. Le Fils de Dieu, dans sa nature divine, n’a jamais cessé d’être la béatitude même des Saints. Par contre la Résurrection parle du but ultime de toute l’humanité. Dans le Christ Ressuscité, c’est nous qui sommes les premiers concernés. Lorsque nous célébrons le Carême, nous célébrons la marche de toute l’humanité vers la possession de la rédemption qui nous est offerte en Christ dans l’acte dans lequel nous célébrons la Résurrection de Jésus parce que la Résurrection de Jésus, c’est la Résurrection de la création tout entière comme l’enseigne Saint Ambroise : « Resurrexit in eo caelum, resurrexit in eo terra (Que ressuscite en Lui la terre et le ciel) ». Tout est ressuscité avec le Christ. L’acte par lequel l’humanité du Christ s’est dissoute dans les étreintes de la mort est l’acte par lequel toute la création s’est élevée à Dieu dans une louange éternelle, infinie.

Nous devons entreprendre cette marche, non pas pour nous seuls … Je ne sais pas ce que nos petites mortifications peuvent bien représenter pour le Seigneur : elles ne sont pour nous qu’une manière d’essayer de réaliser la sacralité de ce temps qui nous prépare à la fête de Pâques. Par ces mortifications, nous nous réveillons d’une certaine torpeur qui nous empêche de prendre conscience que toute notre vie est un contact avec Lui, que toute notre vie doit être un rapport avec ce Dieu qui nous aime et Se donne à nous. Il n’y a pas de jour plus saint l’un que l’autre parce que tous les jours ne sont que le jour de Dieu et le jour de Dieu est le jour où Il s’offre à chacun. Aujourd’hui, tu peux entrer au Paradis : « Hodie mecum eris in Paradiso (aujourd’hui, tu seras avec moi au Paradis) » (Luc 23, 43). C’est ce que le Seigneur dit à chacun de nous. Pourquoi attendre ? N’est-ce pas le moment qu’Il te donne pour t’ouvrir, dans la foi, et accueillir Dieu ? La communion sacramentelle ne peut se faire que deux fois au cours d’une même journée mais la communion que nous donne le Christ, nous pouvons la faire à chaque instant de notre vie si nous nous ouvrons, dans la foi, pour accueillir le don de Dieu.

Nous devons vivre cela, mes chers frères et sœurs, et pas uniquement pour nous seuls. Si nous vivons le Carême pour nous seuls, nous nous excluons déjà de la Pâques. Le processus qui va du péché d’Adam au Christ est différent du processus qui va du Christ à sa deuxième venue. D’Adam au Christ, c’est une extension du mal, une dilatation de l’horreur du mal et de la division des hommes, de l’opposition de l’homme à l’homme. Mais du Christ jusqu’à Sa deuxième venue, l’unité se recompose jusqu’à ce qu’à terme, comme l’a dit Saint Augustin, il ne reste plus que le Christ, le Christus totus.

Oui, rien que le Christ et pas uniquement la Personne du Verbe Incarné. Non, il ne reste qu’un seul Christ parce qu’un seul corps. Le mystère chrétien est semblable au mystère de la Trinité : un seul Dieu mais trois Personnes qui existent dans l’unité de leur nature ; un seul Christ mais dans l’unité du Christ, d’innombrables âmes, un monde immense, une humanité constituée de milliards et de milliards d’hommes qui élèvent vers Dieu leur chant de gloire. Un seul homme mais en cet homme demeurent les personnes. Les personnes demeurent pour vivre, toutes, une seule vie : la vie qui est celle du fils de Dieu, c’est-à-dire, une vie immense, une vie de lumière infinie, une vie qui est d’un amour infini.

Le Carême nous amène à vivre cela et non pas notre salut individuel. Sachez que si vous allez tout seul vers le Seigneur, Dieu ne vous connaît pas parce que le Père ne connaît que le Fils et le Fils s’est fait un avec tous.

Les personnes vivent une unique vie. Tout comme les trois Personnes divines vivent la vie de Dieu, de même tous les hommes, en Christ, ne vivent que la vie du Christ : « je vis mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20), c’est-à-dire, en chacun de nous. Chacun de nous vivra la vie du Christ compte tenu de notre ouverture à accueillir le don de Dieu.

Retraite de Bologne du 25 février 1996