samedi, avril 20, 2019

Ressuscites avec le Christ (1986)

L’apôtre Paul a dit : « ressuscitant des morts, Christ ne meurt plus ; la mort sur lui n’a plus de pouvoir » (Romains 6, 9) ; ainsi, nous vivons et ne pouvons vivre autre chose que sa résurrection.

L’enseignement est précis, simple : nous vivons au ciel. Oui, avec notre corps mortel, dans notre expérience sensible, nous ne différons pas des autres qui ne croient pas ;

nous aussi, nous vivons – de par notre expérience sensible – notre vie biologique, notre vie psychologique ; nous vivons en tout la vie de nos frères qui ne croient pas. Mais du moment où nous sommes, par le biais de la foi, dans un rapport réel avec le Christ ressuscité, tout cela implique pour nous vivre dans un autre monde aussi. Nous vivons déjà au ciel, comme nous l’a dit la deuxième lecture : nous sommes morts et notre vraie vie est cachée avec le Christ en Dieu (cf. Colossiens 3, 3). Voilà notre vraie patrie, voilà le vrai lieu dans lequel nous vivons déjà, voilà notre vraie vie parce que cette vie purement sensible est quelque chose qui s’ajoute à nous ; elle n’est pas notre vie la plus profonde ni la plus vraie. Notre vie la plus profonde et la plus vraie c’est notre communion avec Lui car si nous vivons déjà dans la foi, l’espérance et la charité un rapport avec Dieu, dans le Christ ressuscité, notre vraie vie est cachée avec le Christ en Dieu. Nous devons prendre conscience de ce grand mystère afin d’être aussi conscients que notre vie ne s’identifie pas et ne se conclut pas dans la pure expérience sensible. Ce n’est pas pour rien que Saint Jean l’a dit à maintes reprises dans son Evangile (chapitre 6) et dans ses lettres ; nous possédons déjà la vie éternelle et, aujourd’hui, Saint Paul nous demande de ressusciter avec le Christ et, avec Lui, de vivre dans le sein du Père.

Mes chers frères, si nous pouvions vraiment, dans une foi vivante, vivre ce que nous avons senti et proclamé ce matin à la messe, nous vivrons déjà la communion des saints, nous vivrons déjà en communion avec les anges et les saints ; notre vraie vie ne consisterait plus à vivre dans un lieu ou vivre dans le temps ; ce serait vivre dans l’immensité divine et nous vivons déjà cette dimension, non pas à la Maison Saint Serge ou à Saint Lazare de Savena, mais dans le sein du Père. Partout où nous sommes, nous sommes en Dieu. Etre en Dieu veut dire ne pas être finis, enfermés parce qu’Il est Infini ; partout où je me trouve, je me sens dilaté dans la divine immensité, plus rien ne m’emprisonne, je ne me sens plus prisonnier du temps ou de l’espace. Ma vie est en Celui qui, au-delà du temps et de l’espace, est la pure éternité de l’amour.

La résurrection n’est pas un mystère qui concerne uniquement Jésus. S’Il s’est fait un avec tous les hommes par sa mort sur la croix, cette unité avec tous demeure dans sa résurrection et, en demeurant dans sa résurrection, nous tous ressuscitons avec Lui, nous tous vivons avec Lui dans le sein du Père, nous tous sommes déjà glorifiés avec Lui, nous vivons son éternité, nous possédons la vie éternelle. Mes chers frères, ne nous laissons pas uniquement conditionnés par l’expérience humaine, par nos épreuves, par nos difficultés, nos maladies ; ne nous laissons pas paralyser par tout cela. Nous devons les transcender parce que dans la foi, l’espérance et la charité, nous vivons au-delà de tout ce qui est lié à ce pauvre monde.

Si nous vivons dans ce monde, c’est pour que, vivant en communion entre nous, nous grandissions dans l’amour et, grandissant dans l’amour, nous puissions, les uns et les autres, nous insérer toujours plus en Celui qui est l’amour vivant. Car si mon rapport avec vous me détachait de Dieu ou vous détachait de Dieu, ce serait le plus grand malheur qui pourrait nous arriver ; l’amour humain ne peut avoir d’autre but et d’autre prix que celui d’être une propédeutique, une préparation, une initiation toujours plus grande à vivre dans cet abîme de lumière, dans cet abîme d’amour, dans le sein du Père. C’est la vraie patrie que nous devons rechercher parce que nous y sommes déjà. Il est avec nous, nous sommes avec Lui : le Christ est ressuscité.

Homélie du 30 mars 1986, Triduum Pascal à Desenzano