lundi, juin 24, 2019

La penitence

L’homme est homme parce qu’il est un animal raisonnable mais il est chrétien parce que pénitent. La pénitence est sa prérogative essentielle nous dit le père Condren (cf. C. De Condren, Considérations sur les Mystères, Ancora, Milan 1938, page 266).

Le Christianisme suppose l’universel péché parce que c’est l’universelle miséricorde, c’est la Religion de la Rédemption. Le chrétien, c’est celui qui a été racheté, sauvé. Celui qui n’a pas besoin de salut, d’être racheté, ne peut pas non plus être chrétien. Celui qui ne se repent pas dans la reconnaissance de sa propre misère, de sa propre indignité, celui qui ne s’adresse pas à Dieu en invoquant et en implorant sa Miséricorde infinie, ne peut entrer dans le Règne. Le Précurseur a préparé l’avènement du Christ par le baptême de pénitence et Jésus a commencé sa prédication par la même invitation, le commandement de la pénitence : « convertissez-vous car le Règne des cieux est proche ».

Notre Dieu a voulu s’appeler Jésus le Sauveur : effectivement, tout rapport de l’homme avec Dieu ne se fonde que sur sa Miséricorde, que sur son Pardon. Et, le pardon et la Miséricorde de Dieu, supposent le péché et la misère de l’homme.

Ceux qui se croient justes et ont confiance en leur justice sont les plus éloignés de Dieu, les plus étrangers au Christianisme. C’est pour les pécheurs que Dieu s’est fait homme ; c’est au milieu d’eux que Jésus a vécu, c’est pour eux qu’Il a annoncé la bonne nouvelle qu’est le pardon divin.

La parole évangélique n’a jamais été aussi paradoxale que lorsqu’elle enseigna cette vérité déconcertante : c’est aux pécheurs que s’ouvrent les portes des cieux. Le Père aime tous ses fils mais plus particulièrement ceux qui ont péché.

Quel blasphème que ce langage de l’Eglise ? Le pécheur peut-il mériter autre chose que sa condamnation ?

Et pourtant, elle chante que le péché « mérite » non pas le châtiment mais le pardon, non pas la condamnation mais la rédemption. Quel péché ?

Tout péché et uniquement le péché : lorsque le péché est humblement confessé devant le Seigneur, lorsque dans le repentir l’âme s’adresse au Seigneur, lorsque la plaie du péché devient pour l’âme comme une bouche ouverte d’où jaillit une imploration douloureuse, insistante à Dieu, des pleurs sans fin mais qui suscitent pitié.

« Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Mathieu 5, 5). La consolation est mesurée d’après les pleurs : le péché en lui ne mesure pas la grâce mais l’humble reconnaissance de son péché ouvre l’âme à la Miséricorde infinie. La pénitence creuse des capacités toujours plus profondes dans l’âme pour recevoir le don de Dieu.

Convertissez-vous car le Règne des cieux est proche a dit Jésus. L’amour de Dieu dans la Rédemption du Christ est comme l’océan qui submerge tout, il est comme une immense masse d’eau qui fait pression sur les digues fragiles de la création pour se déverser sur tous et l’imploration de l’homme qui ouvre, qui rompt les digues sous la poussée puissante de la marée. Tu ne dois rien faire pour obtenir cet amour qui est essentiellement gratuit ; l’Amour t’est déjà offert et dépasse largement tous tes désirs, toutes tes espérances. Il ne s’agit pas pour toi d’obtenir l’Amour par l’effort : il s’agit simplement de le recevoir. C’est cet Amour qui vivra en toi, qui exigera un dépassement permanent et un travail continuel. En attendant, tu dois le recevoir, tu dois ouvrir ton cœur. Et c’est la pénitence qui t’ouvre à la reconnaissance de ton péché, de ta pauvreté, qui te fait accepter le don de Dieu comme une Miséricorde, un pardon. L’Amour de Dieu pour toi c’est le baiser de Celui qui pardonne. Plus grand serra pour toi Son pardon dans le sentiment vivant, profond de ton indignité et plus grand sera Son don d’amour.

D. Barsotti, Le Mystère Chrétien au Cours de l’Année Liturgique, page 118-119, nouvelle édition