jeudi, novembre 21, 2019

Humilite et purete, les notes del l’amour

L’amour implique l’oubli de soi, l’amour implique qu’on disparaisse. Celui qui veut être adulé n’aime pas parce que nous n’existons que dans la mesure où nous aimons et dans la mesure où nous aimons, nous nous donnons, nous ne nous appartenons plus, nous appartenons aux autres ; d’où la nécessité de l’humilité. Pour être plus explicite, on grandit dans l’amour dans la mesure où on grandit dans l’humilité. Sans humilité, il n’y a pas d’amour parce que, même lorsque nous aurons l’impression d’aimer, nous n’agirons que pour faire voir que nous avons fait quelque chose et que nous sommes quelqu’un. Seule l’humilité alimente l’amour. Tant que nous ne saurons pas nous libérer, progressivement, de tout orgueil intérieur, de toute vanité, de tout amour propre, de tout désir de grandeur, de toute volonté de nous affirmer, nous ne pourrons pas aimer.

Même lorsque nous affirmons aimer, notre amour n’est pas sincère parce que nous ne faisons que nous révéler nous-mêmes à travers ce que nous faisons. Voilà pourquoi Saint Paul dit : « même si tu donnes tous tes biens aux pauvres, cela ne servirait à rien » et tu irais en enfer. Et combien sont-ils dans l’Eglise, ceux qui vont malgré tout en enfer même lorsqu’ils font beaucoup d’œuvres de charité ? C’est parce qu’à travers ces œuvres, ils n’ont que le désir de faire ressortir leurs noms.

Ce ne sont même pas les œuvres qui se font qui démontrent notre charité mais l’humilité véritable que nous avons. Sans l’humilité, l’amour n’existe pas parce que l’amour implique toujours qu’on se mette au service de l’autre, qu’on vive en s’ordonnant à l’autre ; non pas ordonner l’autre à nous, non pas ordonner tout ce que nous faisons à notre gloire, à notre réputation mais tout faire et ne rien demander pour soi-même, parce que c’est cela l’amour : l’oubli de soi. « Je m’oublie à tel point que je ne sais même plus si j’existe » disait Sainte Thérèse. Voilà la véritable expression de la charité.

La charité exige l’humilité ; plus nous saurons aimer, plus nous serons humbles : voilà la première exigence. La deuxième est la libération de la concupiscence, le fait de rechercher notre plaisir, de vouloir notre satisfaction fait que, sans nous en rendre compte, nous instrumentalisons les autres choses en notre faveur, si bien que c’est nous qui voulons quelque chose, ce n’est plus nous qui nous donnons. L’humilité et la pureté sont toujours les notes fondamentales de l’amour. Là où il n’y a pas d’humilité, il n’y a pas non plus de pureté, il n’y a pas l’amour.

Voilà pourquoi l’amour chrétien, même dans le mariage, exige la monogamie, exige la fidélité à une épouse unique, exige qu’on puisse vivre dans le mariage cette libération de toutes les tentations qui peuvent surgir et qui nous font dévier, qui nous portent loin, qui attristent même l’amour. Pourquoi très souvent les mariages ne durent-ils pas ? Parce qu’en cachette, le mari ou la femme a d’autres amours, parce que naissent d’autres amours en dehors de l’amour consacré par Dieu. Et même lorsque dans certains cas on ne peut parler de péché, il y a quand comme un dépôt qui perd de l’eau car il cède de partout. L’amour n’existe  plus et, petit à petit, la famille devient triste et au lieu d’être une église domestique – expression même d’une communauté chrétienne où règne l’amour – elle devient une pension où le mari va dormir et il y va parce qu’il y trouve une femme qui lui fait à manger. Mais son cœur et son âme vivent ailleurs ! Combien de fois cela ne se passe-t-il pas ainsi de nos jours ? Parce que là encore, nous ne savons pas être chastes ! L’amour aussi exige la chasteté parce qu’il exige une fidélité unique à l’unique personne à laquelle tu t’es donné et pour toujours.

Humilité et chasteté, voilà les véritables notes de l’amour. Là où ces deux vertus n’existent pas, il n’y a pas l’amour. Que grandisse en nous cette humilité, que grandisse toujours plus en nous cette chasteté, cette libération de tout instinct pour vraiment vivre le fait que nous soyons ordonnés à ceux que nous aimons, à vivre pour les autres, à ne pas vouloir que les autres vivent pour nous.

Notre joie, c’est de pouvoir nous donner, c’est de pouvoir vivre pour ceux que nous aimons.

Exercices spirituels à Chiusi della Verna du 3 au 10 août 1980