vendredi, avril 19, 2019

Etre la joie de Dieu (1998)

L’amour du Père qui se manifeste dans la parabole (cf. parabole du fils prodigue : Luc 15, 11-32) d’une manière aussi grande (élevée) et inconcevable ne peut pas ne pas susciter une réponse d’amour en celui qui est aimé. Le commandement d’amour de Dieu nous enseigne, d’une part, comment nous devons avant tout aimer Dieu et comment l’amour de Dieu doit être en nous le fondement de toute vertu, la caractéristique principale de notre vie religieuse ; d’autre part, il nous enseigne aussi que non seulement l’amour que nous devons avoir pour Dieu est quelque chose d’admirable et de grand, mais que l’amour qu’Il nous porte est encore plus admirable et plus grand. Ce n’est pas tellement l’amour que nous devons avoir pour Lui mais surtout le fait qu’Il nous aime. Celui qui est l’Infini et qui a en Lui une béatitude immense, c’est comme s’Il ne possède rien tant qu’Il ne possède pas notre cœur. Il nous aime de manière telle que nous sommes sa joie, nous sommes sa vie.

C’est un enseignement que l’on trouve déjà dans l’Ancien Testament. Le prophète Esaïe dit en effet que comme l’époux aime l’épouse, c’est ainsi que Dieu t’aime et tout comme l’époux trouve sa joie dans l’épouse, de même Dieu trouve sa joie en toi (cf. Esaïe 62, 5 ; première lecture de la messe-veillée de Noël). La méditation de l’amour que nous devons avoir pour Dieu est dépassée par la conscience que nous sommes l’objet de son amour. On a toujours dit – et c’est la vérité – que Dieu est le but de l’homme. Toute notre vie doit tendre, consciemment ou inconsciemment, vers Lui car nous voulons la vérité, nous voulons la paix, nous voulons la beauté, la vie, l’amour : et Dieu est la paix, la beauté, l’amour ; tout s’identifie à Lui dans sa réalité ultime.

Si cela est vrai, il est également vrai que nous sommes la joie de Dieu, que nous sommes sa richesse, que nous sommes sa vie. Celui qui aime trouve dans l’être aimé sa joie ; c’est de la même manière que Dieu aussi trouve en nous sa joie. Il est vrai que c’est quelque chose d’inconcevable mais il n’y a rien de plus inconcevable que le Credo chrétien. Il dépasse vraiment toutes nos attentes, toutes nos pensées.

D’autre part, Il ne serait pas Dieu Celui qui se révèle s’Il n’allait pas au-delà de toutes nos conceptions religieuses, de toutes nos pensées, de tous nos désirs et espérance. C’est pour cela que nous pouvons chanter dans le Credo : « propter nos et propter nostram salutem descendit de caelis ». Dieu a voulu se faire homme pour nous. Tout est pour nous ; nous sommes la raison finale de toutes les œuvres de Dieu, comme s’Il trouvait pleinement en nous l’ultime perfection de sa vie, l’ultime et la plus grande joie de son cœur.

C’est un enseignement qui ressemble à un blasphème : comment pouvons-nous penser que Dieu ait besoin de l’homme ? Que, non seulement Dieu nous aime, mais qu’Il fasse de nous le but même de tout son amour ? Et pourtant, c’est comme si le paradis ne représente plus rien pour Lui. Il laisse la joie du ciel et se fait homme : un petit enfant dans la grotte de Bethléem, un jeune homme dans l’atelier de Joseph, un homme parcourant les villages de la Galilée et de la Judée pour annoncer le Règne de Dieu. Il mène une vie de pauvreté, d’humilité, de misère. Et plus encore, Il vit une vie faite d’outrages de la part des hommes, de haine de la part des grands prêtres, de mort. A cause de nous, Il choisit tout, Il veut tout. Il nous aime. La souffrance pour Lui n’est rien s’Il peut nous sauver par cela parce que sa vie n’est pas sa joie, parce que sa vie n’est pas sa richesse : c’est nous qui sommes sa vie. Pareil pour nous : après notre mort, tout nous paraîtra inutile en dehors de l’amour que nous aurons eu pour le Seigneur, parce que c’est ce qui nous fera vivre éternellement. C’est de cette même manière que le paradis sans nous n’est rien pour Lui. C’est ainsi qu’Il nous aime.

Retraite du 22-23 mars 1998 à Solarino (Siracusa)