samedi, avril 20, 2019

Epiphanie (1966)

HOMELIE DU père POUR LA FETE DE L’EPIPHANIE DU SEIGNEUR EN 1966

MEDITATION DE L’EVANGILE

Deux mots sur l’Evangile de ce jour. D’abord, sa signification. Vous voyez, l’Evangile de Mathieu est fait de telle sorte que l’épisode des Rois Mages ouvre le message évangélique tout comme le referme la mission confiée par Jésus aux Douze d’aller dans le monde entier prêcher la Bonne Nouvelle. Mathieu qui est d’esprit et de formation plus judaïque que Marc et Luc est, cependant, parmi les Evangélistes, celui qui donne de manière plus explicite au message évangélique cette ampleur, cette universalité qui est typique de la doctrine de Jésus et du salut qu’Il apporte au monde. Dès les débuts, l’Evangile de Mathieu s’ouvre par l’annonce que s’accompliront les prophéties des Prophètes ; et ce n’est plus seulement Israël mais tous les peuples de la terre qui participent au salut apporté par le Christ. C’est, au fond, la signification fondamentale et la valeur théologique et scripturale de l’épisode. Nous pouvons à présent, à partir de cette valeur de fond, relever ce que l’Evangile nous enseigne de manière plus explicite et plus profonde, à travers le récit des Rois Mages.

Première chose : ces Mages partent de loin pour aller trouver Jésus, mystérieusement guidés par une étoile. Deuxièmement, ces Mages Le trouvent, même si c’est après avoir traversé maintes péripéties et, agenouillés, ils L’adorent, en Lui offrant l’or, l’encens et la mire. Je crois que ce sont là les deux points de la narration que l’Evangéliste veut souligner de manière particulière.

CEUX QUI VIENNENT DE LOIN

Le premier point : les Mages partent de loin. C’est admirable ce que nous enseigne implicitement l’Evangile par ces quelques mots. Jésus est déjà présent mais des peuples et des nations ne le connaissent pas ; cependant, ils vont tous à Sa rencontre. Aujourd’hui également, il est présent dans l’humilité, dans la faiblesse, dans la cachette suprême mais réellement présent. Sans le savoir, sans le connaître, tous les hommes vont à Sa rencontre, venant de pays lointains. Cela veut dire qu’au fond, le cheminement de l’homme n’a qu’un but. Il est univoque, avant tout. L’histoire a vraiment une signification et un sens : c’est une marche vers le Christ. Et nous devons nous rendre compte que même aujourd’hui, dans tout l’univers, agit une grâce qui pousse l’humanité à la rencontre de Lui qui est présent.

Nous devons nous rendre compte que dans tout l’univers les personnes que nous croyons séparées de nous marchent en fait beaucoup plus à la rencontre du Christ présent que ceux qui croient déjà Le connaître, qui croient déjà avoir adhéré à la prophétie et prêts à L’accueillir. Le judaïsme est aveugle et c’est le paganisme qui voit. Aujourd’hui que nous sommes dans un climat de dialogue, cet enseignement fait peur ; cela signifie-t-il que nous aussi, pendant que nous Le tenons dans notre maison, pendant qu’Il est au milieu de nous, Il nous est inconnu ? Se peut-il que pour nous aussi, chrétiens, Il demeure un étranger tandis que des âmes qui viennent de loin, que nous croyons étrangères au Règne de Dieu, vont de manière décidée à la rencontre du Seigneur, avec humilité, amour et pourraient Le trouver avant nous, elles pourraient Le reconnaître et L’adorer avant nous ?

Voilà pour nous un sujet de méditation mes chères filles. Nous devons sentir qu’être à la  maison ne nous assure rien, ne nous garantit rien. Les citoyens de Bethléem ignoraient le Christ. Les Grands Scribes, les docteurs de la Loi de Jérusalem ne savaient rien de Lui. Ils parlaient de Lui comme parlent les théologiens du Christ et de Dieu mais Il leur était étranger tandis que des hommes qui viennent d’où on ne sait sont déjà aux portes et peuvent leur indiquer où Il se trouve !

Ça aussi c’est quelque chose de terrible : qu’Hérode, lui qui était le roi des Juifs, tout au moins apparemment, doit demander à ces hommes venus de loin, ces hommes qui ne connaissaient rien du judaïsme, de lui indiquer le chemin afin que, lui aussi, il puisse aller connaître le Christ. Qu’il ait posé une telle question dans une bonne ou mauvaise intention  est secondaire ; ce qui est important, c’est qu’Hérode doive demander à des infidèles la route qui mène à Jésus.

Nous rendons-nous compte que nous aussi, les chrétiens, nous devrions peut-être être les disciples des païens, des gens qui ne connaissent pas le Christ et qui en fait Le connaissent mieux que nous parce qu’ils L’aiment plus que nous, qu’ils Le cherchent sincèrement et qu’ils tendent avec amour vers Lui ?

Que de fois n’avons-nous pas parlé au sein de la Communauté de ces âmes généreuses et sincères qui cherchent Dieu ! Que de fois n’avons-nous pas dit que nous ne sommes pas capables de ce qu’elles font pour trouver le Seigneur ! Pensons également à l’expérience religieuse – même de nos jours – de tant de grandes âmes que le monde a connues : Gandhi, Ramana (un mystique indien, 1879-1950), Buber (Martin Mordechai Buber, philosophe, théologien et pédagogue Autrichien naturalisé Israélien, 1878-1965) … Il y en a tellement ! Il y a-t-il eu au cours de ces dernières décennies – exception faite de Jean XXIII – une âme qui ait plus fait tressaillir le monde, une âme plus grande que Gandhi qui, apparemment, semblait ne pas appartenir à l’Eglise ?

HUMILITE DE LA FOI

Nous devrions être humbles, mes chers frères, nous qui avons la foi ! Parce que notre foi semble plus nous condamner que nous sauver. A partir du moment où nous disons que nous Le connaissons, que faisons-nous pour Le chercher ? Les docteurs de la Loi ont consulté les livres : Il est certainement né à Bethléem de Judée disent-ils aux Rois Mages parce qu’il est écrit : « et toi, Bethléem, terre de Judée… ». Mais ils sont restés là : gonflés, satisfaits de leur science, ils n’ont plus besoin de chercher, ils ne sentent aucun désir d’adorer l’Enfant, ils restent sur place. Les autres qui n’avaient pas de Prophètes, ceux qui étaient exclus du Règne de Dieu, du peuple saint, ceux-là font le déplacement. Ce sont eux seuls qui se déplacent. Les  seuls qui adorent l’Enfant Jésus, ce sont les bergers – mais ils sont voisins – et les Mages qui vont à la rencontre de Jésus, en venant de pays lointains.

Serions-nous exclus de cette reconnaissance amoureuse de notre Sauveur ? Serions-nous exclus de cette contemplation de Lui dans sa faiblesse, de son adoration pour Lui offrir en don notre vie et notre être ? Quelle humilité devrions-nous avoir, nous qui les premiers devrions aller à la rencontre du Seigneur avec ardeur, sincérité, une volonté fidèle et généreuse ! Comme nous devrions être humbles à reconnaître notre paresse, notre peine à faire le bien, notre tiédeur spirituelle qui nous fait si facilement jeter notre pauvre vie si vide d’amour, si aride, si froide ! Les Mages adorent l’Enfant ; bien que venant de loin, ils sont les premiers à arriver. Nous, nous sommes dans la maison mais nous ne savons même pas franchir le seuil pour aller Le rencontrer et nous ne réussissons pas à nous libérer de notre orgueil, de notre vanité pour savoir L’adorer, Lui offrant nos dons.

Voilà le premier enseignement. Nous qui disons avoir une vocation œcuménique, nous devons sentir ceci : sentir que l’œcuménisme implique avant tout la reconnaissance de tant de vérités d’amour, de tant de sincérité de recherche, de tant de pureté en ceux que nous croyons loin. Nous qui disons avoir une vocation œcuménique, nous devons sentir, avant tout, que c’est certainement Dieu qui stabilise l’unité mais elle est probablement plus réalisée entre eux et nous, non pas tellement à cause du don que nous faisons de l’exemple de notre vie mais à cause du don qu’ils nous font de leur exemple, de comment nous pouvons chercher Dieu, de comment nous devons être prêts à tout laisser pour pouvoir Le rejoindre et L’adorer.

Si nous pensons que nos hommes, même les plus qualifiés du christianisme sont si enfermés dans leurs propres égoïsmes, dans leur vanité, dans la recherche d’eux-mêmes, dans la recherche du succès, dans la volonté de construire leur propre monument, lorsque nous pensons à tout cela, nous nous sentons humiliés face à ceux que nous disons éloignés du Christ et qui, en réalité, sont probablement plus proches de Lui que nous !

C’EST PEUT-ETRE NOUS LES AVEUGLES

Voilà le premier enseignement mais ce n’est pas le seul. L’autre enseignement est que nous devons savoir découvrir le jeu de Dieu. Nous disons qu’Il est caché, que peut-être nous Le voyons, que nous L’avons reconnu mieux que les autres. C’est plutôt le contraire qui transparaît. Les habitants de Bethléem appartiennent au peuple saint, ils sont de bons juifs. Nous sommes en effet à Bethléem, non pas à Nazareth. Nazareth est un peu en dehors du centre, en Galilée mais Bethléem est au cœur de la Terre Sainte et les habitants de Bethléem font partie de la tribu de Juda et de Benjamin qui ont toujours été fidèles au Seigneur. Et nous, tout comme eux, nous sommes au centre, nous croyons avoir tous les privilèges. En réalité, nous sommes des aveugles et Dieu n’exclut personne de sa grâce, Il ne cache pas sa lumière à ceux que nous croyons condamnés aux ténèbres et à la mort.

Ce sont des considérations faciles, extrêmement simples n’est-ce pas ? Et pourtant, cela devrait nous faire beaucoup méditer ! Cela devrait nous amener à mieux comprendre l’histoire, la marche des hommes, à nous rendre vraiment compte de ce que je disais plus tôt : la manière dont la grâce agit au cœur de l’humanité comme le levain dans la pâte qui fait tout monter mystérieusement. Il n’y a pas de privilège. Dieu, qui est Amour infini, aime tout le monde, Il veut sauver tout le monde même s’Il rejoint chacun de manière différente. Cela n’enlève rien au fait qu’Israël soit le peuple saint, cela n’enlève rien au fait que l’Eglise de Dieu soit une Eglise catholique. Mais tout comme Israël est le peuple saint et que malgré cela les Israélites ont été infidèles quand le Christ est venu sur terre, de même, nous pouvons aussi penser que bien que l’Eglise soit le vrai temple de Dieu, la chrétienté, c’est-à-dire, ceux qui appartiennent à l’Eglise, peuvent être privés de grâce, ils peuvent être très éloignés du Seigneur, être plus aveugles à la vision de Dieu que ne le sont ceux que, dans notre orgueil, nous excluons de tout rapport avec le Seigneur.

Heureusement que le Seigneur ne pense pas avec nos pensées et n’aime pas avec notre cœur ! Nous sommes jaloux de ce que le Seigneur nous a donné ! Et ce que le Seigneur nous a donné n’est jamais donné de manière à exclure les autres. Il ne serait plus un Dieu d’amour si ce qu’Il donne est propre à quelqu’un au point d’exclure les autres. Les dons de Dieu – nous l’avons dit à plusieurs reprises dans la Communauté –  plus ils sont grands, plus ils sont communs. Et Dieu s’est fait Homme pour être le frère de tous.

Rendons-nous compte de cette grâce qui est mystérieusement à l’œuvre au sein de l’humanité entière. Hérode ne savait rien de l’étoile, les scribes n’en savaient rien, les habitants de Bethléem ne l’avaient pas vue ; ce sont les Mages qui l’ont vue et se sont mis en marche vers Jésus. Les habitants de Bethléem avaient une autre lumière, la prophétie, mais ils s’en servent uniquement pour se cacher de Dieu. Et nous, qu’en savons-nous ? Quelles sont les voies mystérieuses par lesquelles les âmes parviendront au Christ ? Qu’en savons-nous ? Quels seront les chemins par lesquels tant d’âmes parviendront à Lui ? Peut-être – et ceci est important – que ce seront les chemins de ces religions que nous déclarons fausses parce que, notons-le bien, ce ne sont pas trois païens qui sont allés au Christ en tant que païens : ce sont des Mages, c’est-à-dire, des âmes religieuses dans leur propre religion, laquelle religion n’est certainement pas celle d’Israël. Combien de fois ne voyons-nous pas dans les confessions religieuses qui sont en dehors de l’Eglise Catholique uniquement de l’erreur, de la contagion, de la corruption de la vérité ! Comme il nous est facile, à nous possesseurs de la vérité totale, de mépriser ceux qui honorent peut-être mieux que nous Dieu dans une autre religion, nous qui vivons dans la religion vraie, parfaite ! Ce n’est pas parce qu’ils sont d’Iran ou d’Egypte ou d’Inde que ces Mages vont adorer le Christ : c’est en tant que Mages qu’ils vont à Lui, en tant que prêtres et maîtres d’une religion qui pour Israël était fausse, était une religion païenne, une religion idolâtre.

Vous ne pouvez pas savoir à quel point  j’éprouve le besoin de m’unir à toutes les âmes sincères qui honorent Dieu, même si je ne les connais pas ! Je me sentirais exclu de la lumière, exclu de l’amour si je refusais de m’unir à tous ceux qui, avec humble sincérité, cherchent le Seigneur.

Voilà ce que veut dire avoir une vocation œcuménique : reconnaître cela. Il faudrait différencier – cela est important pour vous et pour moi – le plan subjectif du plan objectif. Sur le plan objectif, Israël est le vrai peuple de Dieu, l’Eglise est la vraie Eglise du Christ. Sur le plan subjectif, les hommes peuvent être dans le Christ tandis que nous pouvons en être exclus.

Faisons attention pour ne condamner personne, attention pour ne juger personne ! Quel  jeu d’amour le Seigneur ne réalise-t-Il pas ici-bas sur terre ! Pour nous qui nous croyons déjà en possession définitive du bien, le risque d’une cécité et d’une aridité religieuse qui nous condamne est plus grand. Par contre les autres qui semblent être en dehors de la vraie Eglise, ils pourront bénéficier de la grâce, de l’amour et d’une meilleure lumière que nous. Parce qu’au fond, ce ne sont que les Mages qui ont été guidés par la lumière pour rencontrer le Seigneur. Pour les scribes de Jérusalem, la connaissance de Dieu était une connaissance purement livresque, une connaissance qui ne les faisait pas rencontrer le Dieu fait Homme.

TOUT CONVERGE VERS LE CHRIST

Deuxième enseignement : le don fait par les Mages. Toutes les nations viennent : « ils sont venus de Saba, portant des dons … ». Tous les peuples portent au Christ ce qu’ils ont. Tout ce que les hommes possèdent est, de droit, de Dieu mais les hommes eux-mêmes devront le porter au Seigneur. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que l’histoire travaille pour l’Eglise.

Tout comme l’histoire est une marche vers le Christ, de même, l’histoire est au service de l’Eglise parce qu’au service du Christ. Nous ne devons pas avoir peur. Mao viendrait-il ici en Italie ? Quelle importance ? Mourons-nous : un moindre mal ! Mais la voie de Mao tout comme celle de Staline n’a d’autre but que ceci : celui de conduire à l’Eglise de Dieu, à l’Enfant Jésus, d’amener porter à l’Enfant Jésus les dons de la sagesse orientale, les dons de la technique et de la science moderne que nous croyons étrangers, je dirais même en opposition avec le Christianisme. En réalité, tout est à Son service.

LA VALEUR DES DONS

Ce que le Seigneur peut bien faire de ces dons est tout autre chose. C’est déjà admirable qu’Il veuille les accepter. Qu’est-ce que l’Enfant Jésus peut bien faire de l’or, de l’encens et de la mire ? L’unique chose qu’Il peut désirer c’est le lait de sa Maman. Et pourtant, Il accepte l’or, l’encens et la mire bien que ne sachant pas comment s’en servir. Tous les biens du monde – qui nous paraissent si grands – sont au service de Dieu et l’unique chose importante – d’où le fait que tous les biens du monde sont au service de Dieu – c’est qu’Il les accepte ; non pas que ceux-ci donnent meilleure gloire au Seigneur ou que le Seigneur en ait besoin. L’unique valeur de nos biens qui nous paraissent à nous si grands c’est l’acceptation que le Seigneur en fera.

« La valeur de ma vie – avais-je écrit dans La Lutte avec l’Ange – est uniquement en Toi qui me la demande ». Je ne sais vraiment pas à quoi sert ma vie : je ne l’ai compris que lorsque le Seigneur me l’a demandée. A quoi sert cette création, je ne le sais pas : le monde croit que servent à quelque chose la technique, la culture ; le monde croit que l’or, l’encens, la mire servent à quelque chose. En vérité, à quoi servent-ils ? A rien, même pas à Dieu. Mais Il les accepte. La valeur se trouve dans cette acceptation : que l’enfant Jésus puisse prendre dans ses mains cet or que tu lui offres, cette mire, cet encens que tu lui donnes. Et d’autre part, tout sera donné au Seigneur, tout devra être donné au Seigneur. A terme, tous ces biens ne pourront être offerts qu’à Lui.

Donc deux choses : d’abord, le fait que l’histoire soit au service de l’Eglise, le fait que tous les biens du monde, un jour, ne seront que le don que la création fera à Dieu Père. Ensuite, c’est un enseignement car, tous ces biens n’auront d’autre valeur que le fait que Dieu les accepte ; parce que si Dieu ne les acceptait pas, nous ne saurions plus quoi en faire. Même les Mages ne savaient plus quoi en faire ; ils avaient probablement plus besoin d’eau pour leurs chameaux et du pain pour eux-mêmes plutôt que l’or, l’encens et la mire. Les hommes aussi ne sauraient plus quoi faire de leur technique et de leur culture ; lorsqu’ils pourront vraiment réaliser ce qu’ils possèdent, ils se rendront compte que l’unique valeur de ce qu’ils possèdent réside dans le fait de pouvoir le donner et dans le fait que Dieu veuille accepter leur don.

Ces paroles m’amènent à m’appesantir un peu sur l’importance que doit avoir cette fête pour nous car c’est précisément le renouvellement de notre Consécration. Je disais plus haut qu’on ne peut comprendre la valeur de la vie humaine que lorsque Dieu nous la demande car notre vie n’est vraiment qu’un échec et, plus notre vie est un échec, plus nous avons du succès pour que nous puissions avoir, jusqu’à la fin, l’illusion de valoir quelque chose. A la fin, nous nous rendons compte que tout fini dans cet échec final qu’est la mort. A quoi sert la vie ? Cinquante ans plus tôt, ici même en Italie, un prêtre qui avait jeté sa soutane aux orties, Robert Ardigo, chanoine de Mantova, le plus grand philosophe positiviste italien, s’est tranché, à 94 ans, la gorge, en répétant exactement les mêmes mots : « à quoi sert la vie ? ». Après avoir vécu aussi longtemps, il n’était pas parvenu à savoir pourquoi il vivait ! Il aurait pu se suicider plus tôt mais non ; vous voyez comment est fait l’homme ? Il se fait des illusions, il recherche, il va ci et là, il cherche toujours quelque chose, un but à son existence. Et lorsqu’il finit de chercher, il ne trouve rien. Il en sera ainsi pour toute l’humanité. On fait tellement de choses pour lutter contre la faim dans le monde, pour tout ce que vous voulez, pour aller sur la lune …. et à la fin ? A quoi cela sert-il ? A quoi sert cette histoire ? A quoi sert toute cette marche des peuples ? A quoi sert toute la politique des nations ? Toute la culture ? Si l’humanité perd Dieu comme l’avait perdu ce chanoine elle se tranchera aussi la gorge. A quoi sert toute cette marche pénible, cette peine, cette tragédie continue ? La valeur de la vie ne se trouve qu’en Dieu qui nous la demande.

Et Dieu nous la demande vraiment. Nous tous ce matin, nous la déposons à ses pieds, nous la mettons dans ses mains. Qu’Il reçoive notre petit don qui ne vaut rien si ce n’est pour le fait qu’Il nous le demande et qu’Il l’accepte.