samedi, août 24, 2019

Demeurer dans les mans de Dieu (1991)

Je voudrais, au cours de cette homélie, m’appesantir sur l’Evangile (cf. Marc 4, 26-34) que nous venons de lire : cet Evangile est tiré de Saint Marc et relate une parabole qui est l’unique texte propre à cet évangéliste. Le semeur jette la semence, dit Jésus, et il va dormir ; la semence germe et croit spontanément, sans que le semeur ne sache comment. La terre produit d’elle-même d’abord l’herbe, puis l’épi, puis le grain tout formé dans l’épi. Dès que le fruit est mûr, on y met la faucille et la moisson est mise dans le grenier. C’est-à-dire que le paysan, une fois qu’il a semé, ne fait plus rien ; la semence pousse toute seule.

Tout comme le semeur ne sait pas comment la semence a pu donner naissance à la plante et que cette dernière ait mûri pour donner des fruits, il se passe la même chose pour nous dans la vie spirituelle : si nous restons fidèles à Dieu, à un certain moment, tout fleuri et on ne sait pas comment on est arrivé à ce fleurissement, à ce dernier fruit d’une vie qui explose finalement dans les œuvres, mais surtout dans l’amour de Dieu, dans une paix et une joie qui inonde tout ton cœur.

Que puis-je vous dire sur la base de ce qu’a dit le Seigneur ? Une chose très simple : restez fermes, laissez-vous conduire à Dieu ; ne vous angoissez pas ! Ne croyez pas que cela dépend de vous. Qu’est-ce qui peut dépendre de toi ? Qu’es-tu capable de faire sans Lui ? Laisse-Le agir en toi et, toi, restes simplement dans ses mains. Il saura te libérer de tes angoisses et de tes défauts ; Il te portera, sans que tu ne t’en rendes compte.

Cela se passe ainsi, comme cela a été le cas même chez les saints. Après plusieurs années où tout semble égal et où tu n’aboutis à rien, à un certain moment, tes yeux s’ouvrent et le Seigneur te montre ce qu’Il a pu réaliser en toi, non pas pour que tu te réjouisses mais pour que tu aies des raisons de Le remercier.

Il me semble que l’enseignement à tirer de cette parabole doit nous enlever toute perplexité, toute crainte, toute angoisse. Demeurez dans les mains de Dieu et tout ira bien. Vous pouvez avoir l’impression que le Seigneur vous enlève tout ; dans la mesure où Il vous enlève tout, Il vous donne tout. Il vous enlève ce qui vous appartenait et vous donne ce qui Lui appartient ; Il vous enlève l’amour propre, l’impatience, l’orgueil et vous donne ce qui Lui appartient : l’amour. N’est-ce pas cela le cheminement de l’âme : devenir amour, tout comme Dieu est Amour ? N’est-ce pas cela la sainteté ?

C’est ce que nous enseigne l’Evangile d’aujourd’hui. C’est un très bel Evangile parce qu’il nous ôte toute anxiété, toute préoccupation, toute angoisse. A condition, cependant, de ne pas nous endormir parce que l’unique loi du chrétien consiste à reposer dans les bras de Dieu, c’est avoir une immense confiance en son action et en sa grâce. Nous devons croire à cet amour qui n’est jamais loin de nous ! Nous avons tendance à penser que Dieu est loin de nous ; au contraire, Il est plus intime à nous que nous ne le sommes de nous-mêmes. Demeurons dans le Seigneur ! Ne soyons même pas troublés à cause de nos péchés. Nous devons certes nous repentir mais, une fois le pardon obtenu, oublions tout et regardons-Le.

J’ai déjà parlé de ce même enseignement sous une autre forme. L’Esprit Saint est comme un aigle qui nous porte sur ses ailes et nous conduit à Dieu. Il est évident que si on s’agite, on risque de tomber mais si on reste calme, l’aigle – donc l’Esprit Saint – nous conduira. C’est ce que dit le cantique de Moïse par rapport au peuple d’Israël : le Seigneur déploya ses ailes et les porta sur des ailes d’aigle à travers le désert (cf. Exode 19, 4). Il peut nous porter, nous aussi, sur ses ailes, nous faisant traverser, avec la plus grande facilité, toutes les difficultés du désert de cette vie.

Par conséquent, ne multipliez pas vos prières car cela reviendrait à dire que vous avez peu de confiance en Dieu. Mais attention ! Je ne vous demande pas de moins prier. Je vous demande de ne pas multiplier vos prières. C’est autre chose. Multiplier les prières veut dire que plus vous demandez, plus vous pensez en obtenir, ce qui démontre notre peu de confiance. Par contre, votre prière fondamentale doit être cette confiance, cet abandon, ce fait de rester dans les mains de Dieu.

Retraite du 16 juin 1991 à la Maison Saint Serge